Fulgurance.
La date approche, je ne pensai pas que cela me reviendrait avec une telle acuité.
J'étais bien dans cette cave, j'étais bien car dehors il faisait déjà chaud. J'étais content aussi au milieu de ce matériel de précision.
Je donnais à ce jeune homme sa commande, il avait de très beau yeux verts. J'étais un peu amoureux de lui, comme on peut-l'être d'un tableau dont on ne se lasse pas. Les garçons faisaient bien un peu de bruit, mais rien d'insupportable, c'était la vie et c'était normal.
Tout était parfaitement normal, mon isolement, mon sourire un peu perdu et les pas du vaguemestre qui s'approchait.
Ton enveloppe jaune me prévenait, elle avait choisi le bleu et toi après coup tu avais pris du jaune, un jaune pâle, c'était ta réponse à ta femme qui te devançais toujours. Je l'ai posée sur le comptoir, juste à côté des mouchoirs en batiste qui me servaient à nettoyer les objectifs.
Je suis remonté me faire un café, en descendant j'ai vu partir le dernier garçon du groupe, j'allais pouvoir clôturer la sortie de matériel et fermer le local. J'ai retrouvé ta lettre et une impatience de te lire, de sentir la mer venir jusqu'ici dans cet est si sec. Ton mot était court, chirurgical, je le lisais mais ne le comprenais pas, il y avait bien des mots et je les connaissais tous mais ensemble ils ne faisaient pas une phrase cohérente.
Le garçon aux yeux vert était revenu, il lui manquait une dragonne.
Il m'a demandé si j'allais bien, je n'ai pas compris pourquoi. Je lui ai donné sa dragonne, il m'a regardé avec insistance, répété sa question. Son insistance m'a inquiété je ne comprenais pas, je ne comprenais plus et puis petit à petit les mots se sont mis en ordre, je crois que j'ai ouvert la bouche écarquillé les yeux, regardé la carte jaune, relus ton texte et tout doucement j'ai dis non.
Ne sachant pas décrire l'indicible, tu avais écrit au milieu d'autres choses " Jacky n'est plus. "
J'avais vingt ans et je n'ai jamais revu son visage.
